Sharon, Prix Nobel de la Paix par Adriana Evangelizt... site Visionnaire... Adriana Evangelizt

Musique Le don de l'Amour

de Jean-Marc Staehle

Je tiens à signaler que j'ai écrit ce texte en Novembre 2005...

 

 

 

Cette nuit, j'ai rêvé de toi Ariel. Je rêve toujours des gens qui font saigner mon monde. Des gens que je n'aime pas. Je vomis les brutes et les assassins. J'exècre les individus se servant de leur Pouvoir pour asservir les peuples.  Je rêve de Bush aussi parfois... on court dans les bois au milieu des bombes qui tombent du ciel... et il me rassure en me disant "Te fais pas de soucis, poète... c'est pas grave." Dans mes songes, les individus, que je ne porte pas dans mon cœur sont toujours sympathiques. Mes rêves adoucissent les hommes, les choses et les évènements.

Ainsi toi, Ariel... tu étais assis devant ton bureau et moi, face à ton "auguste" personne. J'étais venue te visiter afin de te dire une bonne fois pour toutes ce que je pensais du criminel en exercice. Parce que la "presse aux ordres" avait fait tout un pataquès avec le désengagement de Gaza mais j'étais absolument persuadée que tu avais roulé tout le monde dans la farine, une fois de plus. J'ai toujours su deviner tes troubles desseins. Je me trouvais dans un phénomène empathique avec toi. Je visionnais tes plans avant que tu ne les exécutes...

En te considérant confortablement installé dans ton siège, je me disais "Voilà donc le sulfureux Ariel Sharon. Celui que l'on surnomme "le boucher de Shabra et Shatila. Un tueur. Un assassin. Un type sans état d'âme qui a flingué, saigné comme qui rigole et qui maintenant délègue à d'autres la sale besogne. Le diable en personne, quoi !" Mais malgré ce macabre pedigree, je ne ressentais ni crainte, ni appréhension, ni effroi. Je dirais même que quelque part, tu m'inspirais confiance. Mes rêves possèdent le pouvoir de transformer le Mal en Bien. Et puis, tout à coup, derrière toi, j'ai vu le mur se fissurer. Je t'ai dit : "Il y a un tremblement de terre." et tu m'as répondu "Ne te fais pas de soucis, poète, c'est pas grave. Ici la terre tremble souvent." Pas affolé le moins du monde, tu souriais. J'ai fortement pensé "Vraiment, il ne manque pas d'air !"  et j'ai commencé à te parler de la Palestine, justement. Je voulais avoir un entretien sérieux avec toi sur cette question-là. Te dire tout ce que j'avais sur le coeur. Quitte à ce qu'on s'engueule ou peut-être même qu'on se batte. Je m'en sentais capable. Dans mes rêves, je suis toujours plus impressionnante que dans ma réalité.

 Alors tu as planté ton œil noir dans les miens et tu m'as dit en faisant un geste large de la main :

-Quoi, la Palestine ! Est-ce que tu trouves que je n'en fais pas assez pour la Palestine ? Qui ici, en Israël a fait mieux que moi ? Qui ? Dis-moi un peu...

Sur le coup, j'ai cru que tu te foutais de moi. Mais non, tu semblais très sérieux...

-Qui a fait mieux que vous ? ai-je répété la voix blanche... personne ! Personne n'a effectivement tué autant de monde que vous en un peu plus d'un demi-siècle...

Tu as levé la main en l'air et...

-Taratata... m'as-tu coupé... mon monde est très différent du tien, poète... je ne me suis jamais perdu, moi, dans des rêves que l'on n'atteint jamais ! Tu viens ici pour m'accabler et sans doute... as-tu raison mais en attendant, je te le répète... qui a fait mieux que moi pour la Palestine ? Qui a désengagé Gaza ?

Puis tu as croisé tes deux mains sur ta poitrine d'un air satisfait, un sourire de contentement sur les lèvres. Sûrement qu'en cet instant précis, je devais avoir une tête de merlan frit car tu as insisté : "Oui, qui ?" Je suis restée quelque temps sans répondre. Pantoise. Mille pensées se bousculaient dans ma tête. "Comment ose-t-il ???" Ta répartie m'avait prise au dépourvu. Je me sentais comme dépitée mais en même temps terriblement en colère. Une colère sourde dormait en moi depuis si longtemps... Alors je t'ai dit :

-Quel désengagement ? Les bombardements et les assassinats ciblés ont repris de plus belle ! De plus, il n'est un secret pour personne que vous continuez de coloniser sur des terres qui ne vous appartiennent pas en Cisjordanie !!! Et que dire de cette ségrégation continuelle dont est victime ce pauvre Peuple Palestinien... de ces checks points... de...

-Ta ra ta ta... Ne mets pas la charrue avant les boeufs, poète... parlons de ce désengagement. Qui à part moi l'a fait ? Personne.

Et tu souriais toujours... content de toi. Fier même. Oubliés les raids assassins... les équipées sauvages et meurtrières... les amoncellements de cadavres. Oubliés Qybia... Sabra et Shatila... Oubliés tous tes mensonges... tous tes coups tordus. Oulié tout ça. Tu plastronnais là attendant presque que je te félicite ou que je te donne une médaille. Alors je me suis levée d'un bond, bien décidée à en découdre avec toi...

-Et alors ? La belle affaire ! Itzak Rabin aurait pu le faire ce désengagement si on lui en avait laissé le temps. Mais voilà...

-Mais voilà... as-tu répété imperturbable... il n'a pas eu le temps... et le mien est désormais compté. Je dirais même que je suis en train de faire du sursis là... il y a longtemps que je devrais être... Tu as fait une sorte de moulinet en l'air pour remplacer les mots. "Et comme le temps me bouscule, j'ai voulu faire ce désengagement avant de mourir. Et personne d'autre que moi ne l'a fait. Je suis celui qui a osé. Le seul. Ne crois pas que j'ai pris cette décision à la légère... il m'en a beaucoup coûté. Beaucoup. Il y a six mois encore, je n'étais sûr de rien. J'étais encore en train de me poser la question que je me suis posé des milliers de fois au cours de ma vie, "qu'est-ce qu'il va encore me falloir inventer pour ne pas tenir cette promesse que la communauté internationale m'a extirpée ?" Parce que, en passant, toutes les promesses que je n'ai pas "tenues"...  il faut bien savoir qu'à la base s'il n'avait "tenu" qu'à moi, je n'aurai jamais rien promis du tout. Je n'étais pas d'accord pour promettre quoi que ce soit. Les promesses étaient pour moi des concessions douloureuses. Très douloureuses. Puisque l'on me forçait à donner quelque chose que j'avais l'intention de garder. Puisque l'on voulait m'obliger mettre fin à des actions ou exactions que j'étais bien décidé à continuer. Cela fait partie du Plan. " Tu hochais la tête en parlant...  

J'y ai usé mes guêtres, ma couenne et mon coeur sur cette terre, moi ! Je l'ai dans les veines. Je fais corps avec elle.De la pointe de mes pieds à la racine de mes cheveux, il n'y a pas une goutte de mon sang qui n'en soit imprégnée. Pas un pore de ma peau qui n'en porte l'empreinte. Pas une seule de mes pensées qui ne lui soit dédiée. Pas un battements de mon pouls qui ne soit pas pour elle. Pour saisir l'essence même de ce qui m'a poussé au pire, il faut dépasser ce que l'on peut voir... Comme un homme déraisonnablement fou d'une femme, je suis depuis toujours... diaboliquement fou... d'Israël. Une folie au-delà de toute mesure. C'est ainsi. Et nul n'y peut rien. Ni toi, ni les autres... tous les autres. Je l'ai tellement rêvée. Voulue. Idéalisée. Désirée... la posséder toute... entière... dans une grandeur dépassant toute espérance. Sans bornes et sans limites. Toi qui es poète, tu peux comprendre ça. Toucher l'idéal... le voir prendre forme... vie. Ne plus avoir à le chercher parce que tu sais qu'il sera là bientôt. Parce que tu y crois et que tu y mettras tout ton cœur... toute ton âme pour que ce soit possible. Et tant pis si pour cet idéal, il faut faire des choses que les autres ne comprendront pas. Commettre des actes qui seront à jamais gravés au fer rouge dans ta conscience. Même si au fond de toi, tu sais que c'est pas bien. Et que le monde entier te juge. Tu le fais quand même. Pour que ton idéal se réalise. Ariel Sharon est un raciste ! Un criminel ! Un assassin ! Le boucher de Sabra et Shatila ! Sharon le cruel et l'infâme !

 

Et là, tu t'es levé d'un bond, tu as fait comme si tu tenais une mitraillette entre les mains et tu t'es mis à vociférer "ta ta ta ta ta... ta ta ta ta ta... ta ta ta ta ta..." en tirant sur des cibles invisibles. A tel point que je me suis retournée pour voir s'il n'y avait pas quelqu'un derrière moi. Puis :

-Ariel Sharon aime tuer des arabes, c'est un raciste ! C'est de sa faute si Arafat est mort ! C'est lui qui l'a assassiné !!! as-tu lâché. Il faut vivre avec ça. Vivre avec ce que les gens croient. Mais ce qu'ils croient n'est pas ce qui est. Qui peut dire ce que je suis vraiment ? " Tu t'es mis à déambuler, visage baissé vers le sol... "Les arabes je les connais. J'ai grandi avec eux. Je suis né ici moi. Je ne viens pas de Russie ou de Pologne comme les autres, !es cols blancs qui tiennent les comptes. Il ne savent faire que ça, compter ! Je ne vis pas aux USA non plus, là où se terrent les tireurs de ficelle. C'est sur cette terre que j'ai poussé mon premier braillement. Que mes yeux ont vu le ciel la première fois. C'est cette terre qui a porté mes premiers pas. D'aussi loin que je me souvienne, les arabes n'ont jamais été absents de mon univers. Petit, je jouais avec eux.  A treize ans, j'étais déjà un bagarreur. J'ai toujours bouillonné. Que veux-tu... il y a les moutons et les loups... les toutous paisibles et les chiens de guerre... J'étais beaucoup trop chaud pour baîller aux corneilles ! Il me fallait de l'action. C'était plus fort que moi. Et toute cette énergie débordante... tout ce feu qui coulait en moi, je les ai mis au service de mon idéal. Le Grand Eretz Israël. Oui, j'étais assez fou d'Israël pour tuer tous ceux qui m'empêchait de l'atteindre. Mon idéal demandait hélas souvent l'impossible et... le pire. Mais pour lui, rien ne me semblait condamnable. C'est ainsi. Il se trouve que les nombreux empêcheurs étaient arabes. Ceci dit, n'importe qui d'autre aurait subi le même sort. Ce n'est pas une histoire de racisme. C'est une histoire d'Amour entre... Israël et moi. Une grande histoire d'Amour. La plus grande que j'ai jamais connu dans ma putain d'existence. Ce genre de chose que peu d'individus sont capables de ressentir ou de vivre. Oui, entre Israël et moi... depuis que je suis né, c'est... la Passion à l'état pur et je ne peux rien contre cela.. tout comme personne n'y pourra rien changer. Irrémédiable.

Tu as ponctué les derniers mots en frappant ton cœur de ton index et de ton majeur soudés. "Alors promettre à la communauté internationale tout un tas de conneries... que je ne coloniserai plus... que je ne donnerai plus l'ordre de bombarder tel endroit... que je ne "balaierai plus les obstacles"... m'était très difficile. Car je savais à l'avance que je ne tiendrai pas mes promesses. Mais pour avoir la paix lorsque je dépassais les bornes en appliquant moi-même ma propre justice et ma propre loi, alors oui, je promettais. Juste pour calmer le jeu. Ca me faisait gagner du temps. Le temps nécessaire pour recommencer de plus belle après !! Les promesses et la Vérité n'ont toujours tourné avec moi que dans un seul sens. Le mien. Elles ont toujours été dictées par mon idéal. Orientées vers lui. Ce qui faisait dire à Ben Gourion "Si Arik ne malmenait pas autant la Vérité, il ferait un chef formidable." Il ignorait alors qu'un jour je serai le Grand Chef d'Israël. Que c'est grâce à mes mensonges que j'y parviendrai. Et ceux qui m'ont hissé au sommet savaient très bien que personne d'autre que moi n'aurait cette force-là... cette capacité... ni ce culot. Je ne suis pas devenu Premier Ministre par hasard. Comme George Walker Bush n'est pas devenu président des Etats-Unis par l'opération du Saint-Esprit. Que sommes-nous finalement, lui et moi ? Des pions ! Que certains croient pouvoir manipuler à leur guise. De vulgaires pions placés là pour servir des intérêts particuliers mais qui subissent, à la place des marionnettistes, le mépris et la honte du monde entier ! Parce que nous sommes obligés de mentir pour atteindre, lui le but des manipulateurs, moi le mien ! Obligés. Et si j'ai joué le jeu, c'est parce qu'au fond, ils me servaient bien plus que je ne les servais. Toujours mon histoire d'amour entre Israël et moi... eux, n'étaient finalement que le moyen d'y parvenir. Ils me donnaient le Pouvoir de réaliser mon rêve et de les clouer au pilori de leur lâcheté.

Le Pouvoir de les faire tourner en bourrique en faisant semblant d'abonder dans leur sens... ce qui ne m'empêchait pas de continuer la colonisation... de faire bombarder Jénine... de verser le sang palestinien mais aussi le sang de mon Peuple ! Et d'autres peuples peut-être... Ils me donnaient le Pouvoir d'acculer Arafat comme un rat dans son trou. Arafat...

Là, tu t'es arrêté de parler... tu as levé la tête vers le plafond, Ariel... il m'a semblé que ton visage se lestait d'amertume. Apparence ou réalité ? Vu l'étrange sens que prenait ta confession, j'ai opté pour la sincérité... dans mes rêves, les êtres que je croise sont toujours plus sincères que dans leur quotidien...

-Arafat était le premier sur la liste pour... l'Amour d'Israël. Le premier obstacle. Le seul dirais-je même. J'aurais pu le tuer cent fois. Le faire exécuter dix mille fois. L'ai-je fait ? Non. Même à Beyrouth, je lui ai laissé sa chance en 1982. J'avais passé un deal. On liquide tout le monde, sauf Arafat. Je ne l'ai pas fait parce que... devant l'ampleur du massacre, je voulais qu'il souffre. Qu'il ait mal. Qu'il comprenne qu'il n'était pas le plus fort. Ah Sabra et Shatila... Là tu t'es interrompu un instant, Ariel, yeux perdus dans le vague puis...Lui et moi... on se ressemblait. Aussi têtu que moi, cette bourrique !!! Le même feu. Les mêmes tripes. Les mêmes couilles, tiens... il était tout aussi capable du pire que moi. Il savait où m'atteindre pour me faire mal. Mais le mal qu'il me faisait, je lui rendais au centuple parce que... j'avais davantage de moyens... s'il y avait eu mes tireurs de ficelle derrière lui, sûr qu'il aurait peut-être gagné... mais voilà... il avait choisi un camp où les partenaires étaient moins solidaires que dans le mien. Moins puissants. Alors, entre lui et moi, c'était comme une épreuve de force. Une lutte sans merci. Oeil pour oeil. Dent pour dent. Les mêmes méthodes... lui pour la Palestine... moi pour Israël... seulement, j'étais plus cruel que lui. Plus dur. Plus coriace. Arafat pouvait pleurer, pas moi. J'ai toujours foutu mon coeur dans ma poche avec un mouchoir par dessus. Lui ne savait pas... voilà où se situe la différence entre lui et moi.

  
Guerre du Kipour 1973... à chacun son camp !

 Mais laisse-moi te dire un truc... sûr que si Arafat..." là, tu t'es arrêté un instant de parler Ariel, tu m'as tourné le dos et il m'a semblé que ta voix tremblait lorsque tu as dit : "Sûr que si Arafat avait choisi le même camp que moi, nous aurions été... les meilleurs amis du monde. Oui, il aurait pu être mon meilleur ami. Comme mon frère. Parce que je pense n'avoir jamais connu quelqu'un qui possédat autant d'obstination que lui dans la poursuite de son but... nous étions taillé dans le même roc... les deux faces d'une même médaille... les deux chefs de clans d'un même pays mais adversaires pour la conquête de deux territoires. Et si je l'ai laissé vivre, c'est que mort on ne souffre plus. J'ai joué sur sa corde sensible. Je voulais qu'il comprenne que c'était moi le maître du jeu et c'est pour cette raison que j'ai assassiné ses amis, les uns après les autres. Il fallait qu'il comprenne que j'étais capable de tout pour l'Amour d'Israël. Or le temps passant, il s'est avéré que... plus je lui faisais de mal et plus je martyrisais son peuple, davantage le monde entier l'aimait lui. Me détestait moi. Le pardonnait, lui. Me crucifiait, moi !!! Il savait se faire aimer le bougre... ça, c'était quelque chose qui me devenait de plus en plus insupportable. J'étais entré dans une sorte de cercle vicieux où pour me venger de cette préférence... l'aveuglement me poussait aux pires atrocités et aux pires extrêmités. C'était plus fort que moi et que m'importait alors d'être mis au ban des accusés par la communauté internationale pour mes exactions et mes assassinats ? De quoi aurais-je pu avoir peur ? De qui ? Je suis intouchable. Complètement intouchable. Il y a toujours eu autour de moi un bouclier de protections occultes veillant à ce que mon idéal se réalise. Je pouvais tout me permettre. Tout oser. Y compris sacrifier Arafat. Mais... ce n'était pas le nom des manipulateurs qui était sali, c'était le mien. Soixante-trois années de mon existence passées à enfreindre les lois régionales, nationales puis internationales. Soixante-trois années de ma vie à être l'horrible que l'on conspue... celui que l'on déteste. Je suis devenu l'objet de haine planétaire... pour l'Amour d'Israël. Cite-moi un homme plus haï que moi sur cette planète ! Il n'y en a pas. Moi seul peut prétendre à ce titre. Même Poutine, avec sa Tchétchénie, fait pâle figure. Je détiens le record de détestation. Le monde entier me hait. Et c'est très bien ainsi. Parce que demain... le monde entier m'adorera parce que j'ai désengagé Gaza. Le monde entier moins... ceux qui voulaient m'empêcher de tenir cette promesse. Et ils sont nombreux. Et influents. Les mêmes en fait qui veillaient encore sur moi, il y a quelques mois. Ils ont l'impression que je les ai trahis. Crois-moi, je ne dors pas souvent tranquille... et même quand je suis éveillé, je suis sur mes gardes. Parce que ceux-là sont bien plus dangereux que les Arabes que j'ai combattu pendant des années. Mais je n'ai pas peur d'eux. Je n'ai jamais eu peur de personne dans ma vie. J'aurais pu la perdre cent fois déjà. Oui, j'aurai pu la perdre. Mon idéal est à ce prix. Aussi à 77 ans, me suis-je dit qu'aucun homme n'avait sacrifié autant que moi à Israël. Et que je n'avais plus vingt ans.

Qu'aucun homme n'était allé aussi loin dans le déshonneur et dans la traîtrise. Mon Amour m'a conduit au-delà des frontières du raisonnable et de l'impossible. Pour, au bout du compte ne récolter que du mépris. Le mépris de la terre entière. Et il y a quelques mois encore, comme je te l'ai dit, je n'étais vraiment sûr de rien. Je peux même t'assurer que j'étais loin d'imaginer qu'aujourd'hui j'en serai là où j'en suis. Le désengagement de Gaza pour moi, c'était de la rhétorique. Un sorte de formol pour anesthésier les instances  planétaires. Qu'elles me foutent la paix. J'avais la vague idée d'en faire une espèce d'arlésienne française dont on parle toujours mais qu'on ne voit jamais venir. C'est te dire. Mais... entre temps, je suis allé voir George Bush à Washington qui, comme tu le sais, me suit de très près dans la détestation planétaire. Seulement, lui n'a pas mon âge, il n'a pas mené ma vie et il le supporte moins bien que moi. N'est pas homme le plus détesté du monde qui veut. Il faut du coffre. Avoir un sacré blindage. Ce qu'il ne possède pas. Je l'ai même senti sur la défensive dès que nous nous sommes trouvés face à face. Je suis un vieux briscard... je sens les choses... mêmes celles qu'on ne dit pas. On ne me la fait pas à moi ! J'étais justement venu le voir dans l'espoir qu'il me dise "Ne te presse pas pour Gaza... prends ton temps. On va faire comme d'habitude... on dit une chose mais on en fait une autre..." Or là, pas un signe. Pas un mot. Pas un geste allant dans ce sens. Pire, un nœud énorme comprimait mon estomac, ce qui ne présageait rien de bon en l'occurrence. Comme un mauvais pressentiment. Une forte intuition me disait que quelque chose de très désagréable allait me tomber sur le coin du baigneur. Je me fie à mon instinct, il a toujours été infaillible. Donc, ce pauvre Georgie je l'ai senti nerveux. Agacé. Trituré. Il m'a parlé de la situation inextricable de l'Irak. Plusieurs fois, il a répété "Vois où l'Irak m'a mené, Ariel ! Vois !" Nous marchions sur la pelouse et je l'écoutais, sans mot dire.

Une sorte de lithanie agaçante... "Hein, Ariel ? L'Irak ?" où sans m'accuser implicitement, il m'accusait quand même. Eh oui, l'Irak... l'Irak aussi pour l'amour d'Israël et pour commencer. D'autres pays viendraient après. Tous ceux qui voulaient briser mon idéal. Mais en attendant, il me fallait subir les jérémiades de George Walker Bush... ce brave gamin ! "Et en plus de l'Irak Ariel, il y a aussi la "colonisation rampante" en Palestine. La "colonisation rampante" ! C'est comme ça qu'ils disent Ariel, tous ceux qui me harcèlent et qui m'accablent ! Parce que même si tu ne me téléphones pas pour me le dire, tout se sait ! En Palestine plus qu'ailleurs, dis-toi le bien !!" Voilà, c'était parti. Ce pauvre innocent ! Se pensait-il mieux placé que moi pour savoir que le MONDE ENTIER SAIT ce qui se passe en Palestine ? Je te le demande ? Ce qu'il faut pas entendre ! Mais bon... George Walker Bush est le président des Etats-Unis. Et s'il décide de serrer la vis, il peut la serrer. Or pour créér la terre de Sion idéale, il faut des milliards de dollars. Je suis un sentimental pratique moi... pour parachever la beauté d'Israël, il faut autre chose que des cailloux. Aussi, à cet instrant précis, les reproches de George Walker Bush étaient autant de bulles de savon qui éclataient dans l'espace. Ca ne me faisait ni chaud, ni froid. Un vent tiède sur le Sinaï. La même chose. Dans un premier temps. Je précise. Car les choses allaient prendre une tournure tout à fait inattendue. Nous marchions donc côte à côte et je hochais la tête d'un faux air triste pour lui faire croire que je compatissais. "Hein Ariel ? Si l'on en parlait un peu de la colonisation "rampante et galopante" qui atteint des proportions inimaginables ?" J'acquiesçais, bouche tordue, mains croisées derrière le dos en pensant "Cause toujours, tu m'intéresses..." Il est facile à berner Georgie, c'est un naïf. Nous n'avons pas eu la même enfance. Ni la même adolescence. Je ne suis pas un golden boy moi ! Tu n'as qu'à regarder ses mains et les miennes et tu comprendras ! Ca vaut tout un discours.

Là, tu t'es planté devant moi, Ariel... paumes tendues vers moi et ouvertes vers le ciel... tes mains n'étaient pas jolies. La gauche notamment me sembla en piteux état. Les mains portent le destin de la vie d'un homme. Les tiennes ne ressemblaient guère à celles d'un bureaucrate... y étaient inscrites tes guerres et tes zones d'ombre. Tous ces mauvais coups que tu avais porté tout au long de ton existence...

-Regarde ! Ce ne sont pas des mains de poète, ça ! Ni les mains de Bush. Elles ont buriné la terre de ma bien-aimée jusqu'à en saigner. Elles ont baroudé, cogné... saisi l'ennemi à pleine poignée... connu la chaleur de la poudre et du sang... tué parfois sans états d'âme. C'était le prix à payer pour qu'Israël soit. Mais le pauvre bougre de Georgie continuait sa lithanie funeste "Hein Ariel ? Aux dernières nouvelles, il paraîtrait que Jérusalem-Est ferait aussi partie de tes projets de "colonisation rampante" ? Que l'histoire est déjà bien amorcée ! Vrai ou faux ?" Là, il s'est arrêté brusquement pour me faire face. Et comme il est plus grand que moi, ça m'a pris au dépourvu. D'autant qu'il y avait une drôle de lueur dans son regard. Un lueur inquiétante. Devant mon silence, il a répété en haussant le ton : "Vrai ou faux ?" Ah ! Ca se corsait. Par rapport à notre dernière entrevue, il y avait déjà un changement énorme. Ce n'était plus le Georgie d'avant... je me suis hasardé à tourner la tête pour admirer le paysage en me demandant ce que j'allais bien pouvoir lui répondre mais il m'a vite ramené à la réalité...

"J'attends Ariel ! a-t-il aboyé d'une voix impérieuse. Parce que la colonisation me pose un souci depuis que je suis président. Depuis 2000, si tu te souviens bien. Je crois que j'ai été gentil. Patient. J'ai fermé les yeux le plus longtemps possible. Car ça arrangeait les affaire de l'Etat aussi. C'était ainsi, je n'y peux rien. Mais, aujourd'hui, même en me bouchant les oreilles avec des boules quiès... il m'est impossible à de ne pas entendre les milliards de reproches de la "communauté internationale". A ne plus pouvoir en dormir la nuit, c'est dire ! Or, maintenant, en plus, il y a Jérusalem ! Jérusalem, Ariel... ne concerne pas que les musulmans, il y a aussi... les chrétiens ! Alors la communauté internationale plus le Vatican... plus les chrétiens... plus les musulmans... plus les évangéliques non sionistes, ça fait beaucoup pour le président des Etats-Unis d'Amérique ! Beaucoup trop ! Mets-toi un peu à ma place." Me mettre à sa place. Pauvre de lui ! Est-ce qu'il se mettait à la mienne, le fils de grande famille ? Il continuait de me fixer. Sans ciller. Impossible de me dérober mais que dire ? Dans mon esprit tout n'était que tumulte. Là, sur le coup, j'ai eu du mal à avaler ma salive. Une furieuse envie de lui rétorquer que Jérusalem appartenait à l'état l'hébreu, à nul autre, m'a traversé l'esprit. Mais je me suis mordu la langue devant son air enragé. Il faut savoir parfois faire l'âne pour avoir du son. C'est une tactique qui m'a souvent servi et particulièrement réussi tout au long de ma vie. "Tu sais Georgie, je ne suis pas toujours au courant de tout ce qui se fait.Vraiment ? La colonisation se poursuivrait jusqu'à Jérusalem ?" me suis-je faussement étonné. "Te fous pas de ma gueule, Ariel ! Je suis pas d'humeur. J'estime que j'ai suffisamment été cool avec toi jusqu'à présent. Je t'ai longtemps couvert. Longtemps. J'ai accepté de fermer les yeux sur toutes tes "petites" incartades et de me foutre le monde entier à dos, ne l'oublie pas ! La colonisation, les assassinats ciblés... le mur qui s'étale bien au-delà d'Israël. Et l'Irak ? M'as-tu assez chauffé les oreilles avec l'Irak... tu n'étais pas le seul, il est vrai. Et mille autre choses encore qu'il serait bien trop long d'énumérer. Alors cette fois, il va falloir que tu te montres compréhensif... oui, il va falloir." Il m'a semblé percevoir comme une menace dans ses derniers mots. L'hypocrite ! Comme si mes "incartades" ne l'arrangeaient pas pour mener sa guerre contre les pays arabes et leur piller le pétrole ! Mon cœur cognait à tout rompre dans ma poitrine. J'ai entrevu le terrible sacrifice qu'il allait me demander d'accomplir. Lentement, en mon cœur s'est ouvert une plaie béante. Une déchirure si profonde que j'ai senti mon menton en trembler. Et mes jambes aussi. Pour la première fois de ma longue existence, l'impossible allait m'être exigé.  Si j'avais réussi à attermoyer durant des décennies pour ne pas amputer...  trahir mon grand Amour...  le seul qui ait jamais compter dans ma vie. Israël... tant de larmes... tant de sang... tant de cadavres pour que tu sois. Tant d'amitiés trahies, perdues... tant d'ennemis crucifiés en ton nom... ah Israël. Là, je me trouvais au pied du mur. Et cet espèce de grand imbécile qui me demandait de me mettre à sa place ! Imagine un peu, poète ! Le monde s'écroulait tout à coup. M'étais-je donc battu pendant plus d'un demi-siècle pour, au bout du compte, mourir bientôt sans avoir entièrement concrétisé ce rêve se trouvant pourtant là, à portée de mains dans son aboutissement. Mon Israël rêvée de l'Euphrate au Jourdain." Tu t'es tu un instant Ariel... tu secouais la tête profondément pensif puis... Sans doute, George Walker Bush a-t-il du ressentir mon trouble... car il a dit : "Eh oui, Ariel... là, je suis coincé. Je me suis déjà mis dans une position insoutenable avec l'Irak comme tu le sais... et dans l'immédiat, je ne peux pas faire plus. Cela m'est impossible. On me demande des comptes. La terre entière me les demande. Et cette fois, je ne pourrais pas y déroger. Il faut que je donne quelque chose."

Il a prononcé ces mots comme une oraison funèbre alors que la terre s'ouvrait sous mes pieds. Je me suis demandé qui dans son entourage avait bien pu lui souffler cette abomination. Ce voyou de Rumsfeld ? Cette crapule de Cheney ? Ca ne pouvait pas être Wolfie, c'est sûr. Mais qui ? Qui ? Son père peut-être... il en était bien capable. Le monde dans lequel je navigue n'est pas un monde de poètes rêveurs ! Tous des fumiers ou presque !! Et ceux qui sont derrière Georgie ne vaudraient même pas la corde pour les pendre si pendus ils étaient. Des vermines de la pire espèce pour la plupart. Des individus dangereux même pour... Israël. Israël les arrange pour piller le Moyen-Orient et remplir leur coffre mais au fond... je sais très bien que s'il ne tenait qu'à eux... il y a longtemps qu'Israël seraient rayée de la carte du monde !!! Ce pauvre Georgie est loin d'imaginer ce qui se trame dans son dos. Pauvre niais qui ne fait que répéter ce que ces machiavéliques  lui murmurent... du style,  il fallait "qu'il donne quelque chose"...  J'ai senti mes poings se crisper malgré moi. Cogner dans sa belle gueule aurait soulagé ma douleur. Et je suis absolument certain que si la même situation s'était produite une vingtaine d'années auparavant, je n'aurai pas hésité une seconce. Mais voilà... quand on a soixante-dix sept ans, on n'en a plus ni 20, ni 30, ni 50. On est plus près du cimetière que du berceau... d'Israël. J'ai aspiré très fort l'air pourri de Washington et j'ai desserré mes poings alors qu'il assénait : "Il faut désengager Gaza. Pour commencer. Il faut tenir ce que tu as promis. Pour une fois, il faut tenir. Il n'y a pas d'autres solutions."

Au moins c'était clair comme l'eau du Jourdain. Si je puis dire. "Il le faut, poursuivait-il. J'en ai besoin pour regagner la confiance de certains états dans un premier temps... pour acquérir une certaine crédibilité et puis aussi pour... redorer mon blason. Dans mon pays déjà. Je ne supporte plus d'être autant haï par mon peuple." Sur le coup-là, j'ai cru qu'il plaisantait. Comme si la misère des gens était son souci, à lui, l'enfant gâté du Texas qui signait les condamnations à mort comme qui rigole ? Mais non, il avait l'air sérieux. Je peux même te dire que c'était la première fois qu'il m'en sembla autant. Il s'est mis à faire les cents pas là, devant moi, visage soucieux baissé vers la pelouse. "Eh oui Ariel. On ne peut pas passer sa vie à être plus diabolique que le diable. Là, George W Bush est à la limite de franchir le Rubicon. Les guerres en Afghanistan et en Irak coûtent une fortune au contribuable. Israël aussi." Il y a des mots que l'on n'aimerait pas entendre. Des mots qui sont autant de coups de couteau pour celui sait la vérité et que celui qui les prononce n'est qu'un ignorant manipulé.  J'ai eu envie de lui rétorquer qu'Israël n'était pas l'Irak. Qu'il n'y avait pas de Cheney et d'Halliburton pour souiller ma Terre. Qu'il n'y avait pas de pétrole non plus. J'ai eu envie de lui gueuler à la face qu'il n'avait pas fait pour son pays le millionième de ce que j'avais accompli pour le mien. Qu'il ne s'était jamais battu avec la même force, le même courage ni la même hargne pour les Etats-Unis d'Amérique que moi, pour mon Israël. Qu'il n'avait pas de sang sur les mains, lui... et que s'il y avait quelqu'un qui méritait d'être à la tête de son pays, c'était bien moi.

    

J'ai eu envie de déverser tout ce trop plein de rancœur et de rage d'être si... incompris. Si seul face au monde. Si abandonné de tous. Oui, j'ai eu envie... et puis... j'ai compris que cela ne servirait à rien. J'allais me heurter à un mur. La raison d'Etat et la raison mondiale faisait que... Israël devait être sacrifiée sur l'autel des exigences diplomatiques. Que c'était une question cruciale pour George W Bush et son image ! Comme si moi, je me souciais de la mienne ! Je ne me suis toujours soucié que de celle de ma belle Israël. Peu m'importait le reste. Quand on aime on ne pense pas à soi. Et tant pis si l'on n'a qu'une seule Passion. On n'a pas besoin d'autre chose pour exister. Que l'on me maudisse ne m'a jamais fait changé d'un iota dans ma ligne de conduite. Toujours la même. La haine des autres était un puissant moteur me galvanisant dans  la poursuite de mon Idéal. Cela me propulsait toujours plus loin dans ma folie. Parce que j'étais capable de tout pour Israël. Y compris de braver toutes ces "élites" occidentales dévoyées, lâches, ne possédant pas le millionième de mon cran et de mon effronterie. Oui, j'étais capable de faire fi du "qu'en pense-t-on ?" ou du "qu'en dira-t-on ?" en ce qui me concerne. Le sacrifice absolu de tout mon être pour servir Sa cause. Un sacrifice et un Amour absolus. A en avoir les larmes au bord des yeux parfois... lorsque tu es seul devant ta glace et que tu es haï par tant de monde.


Whitney Houston refuse de lui serrer la main...

C'est un lourd fardeau à porter. Une charge terrible qui pourrait te pousser à faire la culbute si tu n'as pas les épaules solides. Il faut presque être un surhomme. D'autant que ta mort ne règlera rien... bien au contraire. Tu sais que les livres d'histoire se chargeront de te garder dans la mémoire de l'humanité et que ton nom sera éternellement associé aux pires forfaitures. Pas de répit. Pas de repos. Ni vivant ni mort. C'est l'héritage de celui qui a signé son pacte avec l'impossible Idéal. Haï même enterré. Parce que personne n'aura compris cet Amour fou entre Israël et celui qui fut  presque son créateur. Son vaillant artisan, en tout cas. Il y a ceux qui payent et ceux qui agissent. Je n'ai jamais été un très bon banquier. J'ai préféré être un guerrier. Les comptes, c'était pour Natanyahou ou Sharansky ou ceux qui se planquent à Washington. Et la sale besogne, c'était toujours pour ma pomme !!! J'étais donc là perdu dans mes sinistres pensées et George Walker Bush continuait sa harangue... l'esprit de Dieu devait planer sur lui, sans doute. Toute la cohorte de manipulateurs avait dû copieusement lui faire la leçon. J'imaginais la répétition avant mon entrevue. Nul doute, ils lui avaient  labouré le cerveau un max avec leurs recommandations à la gomme pour qu'il soit aussi ferme dans sa détermination. C'est du moins ce que je croyais...

A ce point précis, je ne voyais point d'échappatoire. Il allait falloir que je réponde quelque chose. Et pour te dire la vérité, j'étais complètement assommé. Comme si j'avais pris un coup de massue derrière la tête. Anesthésié. Tétanisé. Incapable même de faire un pas sur la  pelouse tant je me sentais stratifié et statufié par la souffrance que je ressentais. Trahir ce qui m'avait coûté plus de soixante années de ma vie, c'était comme me couper les veines. La même chose. Et l'autre idiot qui enfonçait toujours plus profond le clou dans la plaie : "Il va donc falloir que tu t'engages sérieusement dans ce désengagement, Ariel..." Georgie a toujours possédé une façon simpliste de s'exprimer. Que je m'engage à désengager ou que je bouge pour mourir. Du pareil au même ! "J'y songe..." me suis-je entendu agoniser... il a pilé net. Puis a foncé sur moi comme un taureau pour s'arrêter presque au ras de mon nez, naseaux fumants et renaclant du sabot. Et là, il m'a soufflé en plein visage : "Non ! Tu n'y songes pas Ariel. Tu t'exécutes." Son haleine m'a frappé de plein fouet. Elle ne sentait ni l'alcool ni le cannabis. Mentolée plutôt. Mais tranchante comme la lame d'un poignard. Nous étions loin de nos premières rencontres où je pouvais me permettre de lui parler de mes futurs exploits sanglants sans que ça l'émeuve le moins du monde. Ses yeux vrillés dans les miens, il me fouaillait jusqu'à l'âme. J'entendais les gouttes de mon sang s'échapper de mon corps. Un toc toc toc lancinant. La douleur était si forte que, pour la première fois de ma vie, j'ai senti les larmes couler sur mes joues. Un torrent sans fin. Et au tréfonds de mon être, quelque chose me lacérait. Des milliers de lames toutes plus effilées les unes que les autres se plantaient dans mon coeur. Ca inondait tout. Un brouillard de pluie sur mon rêve. A tel point que je ne pouvais même plus voir Georgie. Il était tout trouble.

J'ai simplement senti qu'il posait ses mains sur mes épaules. Il les pressait. "Ariel... a-t-il commencé... on ne fait pas toujours ce qu'on veut toi et moi. Tu le sais. On est tributaire de plein de choses mais... c'est toujours sur ceux qui donnent les ordres que retombent les responsabilités. Et l'opprobre. Là, le monde entier est en train de nous juger, toi et moi. De mal nous juger. Si nous étions des gens ordinaires, nous serions déjà condamnés et...  fusillés... et même enterré, tiens. Alors, c'est bien de savoir que l'on a échappé à ça... jusqu'à présent. Mais si on continue dans cette voie... qui peut nous assurer que demain ceux qui nous ont hissé au sommet ne nous précipiterons pas dans un cul-de-basse-fosse ? Je n'ai certes pas trop brillé dans les études mais j'ai suffisamment vécu dans l'ombre de mon père pour savoir que les ennemis d'aujourd'hui peuvent s'avérer être les ennemis de demain. Vrai ou faux, Ariel ?" "Vrai..." me suis-je entendu déglutir d'une voix de trépassé... "Et si on regarde bien... quelque part... on a les mêmes ennemis, toi et moi... à cause d'Israël. Le monde entier nous montre du doigt... à cause d'Israël. Et même si l'on nous reçoit partout... même si le tapis rouge est déroulé... nous savons très bien ce qu'ils pensent de  nous. Toi et moi... on est ensemble sur le même podium. Le plus haut. Et on nous décerne la même médaille. Celle de la détestation. Même mon père n'a jamais été aussi haï que moi. Mon père qui m'a toujours pris pour un incapable. Qui n'aurait pas parié trois sous sur moi. Et sans doute avait-il raison... mais sans lui... serais-je où je suis ?" Il a lâché mes épaules. Le brouillard se dissipait lentement. Je le voyais mieux maintenant. Il a fouillé dans sa poche et en a ressorti un truc noir qui pendait au bout de ses doigts. "Tu sais ce que c'est ça ?" m'a-t-il demandé. J'ai fait non de la tête. "C'est le micro avec lequel je me ballade vingt quatre heures sur vingt quatre. Même pour aller pisser ! Regarde bien ce que j'en fais." Il l'a jeté par terre et écrasé rageusement avec son pied. Puis il est revenu se planter devant moi. "On est seuls toi et moi Ariel... personne n'écoute ce que je te dis. Personne. A part Dieu. Et tu sais que Dieu me parle. Très souvent. Parfois, j'écoute ce qu'il me dit. Parfois... Dieu c'est les autres. Mais, à cet instant précis... on est tous les trois... Dieu, toi et moi. La sainte trinité pour... Israël. Désengage Gaza, Ariel... ce sera notre rédemption. Et notre revanche." Il était très sérieux. A tel point que j'avais du mal à soutenir son regard. Un sorte de flamme intense y brûlait. Qu'entendait-il par rédemption ? En quoi désengager Gaza rendrait meilleur le pire que j'étais devenu ? Que j'étais tout court ?

Puis il a continué : "Si tu le fais... et tu vas le faire... alors toi et moi, on sera encore sur le même podium. Le plus haut. Mais cette fois... le monde entier nous adorera... parce que ce ne sera plus la médaille de la détestation que nous recevrons mais..." Il s'est arrêté de parler et j'ai soudain eu peur de ce qu'il allait dire... mon cœur s'est mis à cogner encore plus fort dans ma poitrine. J'ai eu comme l'impression de manquer d'air. Là, tout à coup... quelque chose d'évident se dessinait... ça brillait de mille feux... c'en était même aveuglant... mais non, ce n'était pas possible. Non. Ressaisis-toi Arik. Ce genre de truc, c'est pas pour toi... "Non, ce  ne sera plus la médaille de la détestation mais... le prix Nobel de la Paix, Ariel. Toi et moi... et sans doute Mahmoud Abbas." a-t-il laissé tomber d'une voix tragique. Ah poète... te dire le gnon que ça m'a foutu à la patate quand il a dit ça. J'en suis resté comme deux ronds de flanc... la bouche entrouverte. Les yeux sûrement exorbités. Stupéfait et hébété. Atomisé. Indescriptible. Il m'a bien fallu trente secondes pour émerger. Pour émerger de ce cauchemar ou de ce rêve. Je ne savais plus. Etait-il lucide ou avait-il pris un coup de soleil sur la tronche ? Je ne pouvais pas mettre ça sur le compte de la bouteille, j'étais sûr qu'il ne buvait plus. Alors ? J'ai fait deux pas... égaré... complètement. Dans le formol jusqu'aux oreilles. Je voulais y croire mais en même temps... j'avais comme l'impression qu'il se foutait de ma gueule. Et cette idée m'est devenue douloureusement intolérable à cet instant précis... alors...

-Te fous pas de moi, petit... me suis-je entendu dire d'un voix grave... je connais ma vie mieux que toi. J'ai ma part d'ombre. Une belle part. Je ne vais pas me lancer dans la liste interminables des méfaits qui me sont reprochés. A raison, ajouterais-je... puisqu'on est tous les deux seuls... face à face. Du bulldozer au boucher en passant par le criminel de guerre, la couche est si épaisse que j'ai parfois du mal à trouver un costard à ma juste mesure. Aussi, m'est-il difficile de croire un seul instant que désengager Gaza fera oublier le lourd passif que je traîne à mes basques. Je suis réaliste sur moi-même. Même si tout ce que j'ai fait et toutes les décisions que j'ai prises c'était pour... Israël. Je suis allé très loin pour accomplir mon Idéal. Très loin. Suffisamment loin pour n'être jamais pardonné par ceux-là même qui me vouent aux gémonies aujourd'hui et qui décernent le fameux... prix Nobel de la Paix. Je ne suis pas un saint, moi, Georgie. Il y a bien plus de sang sur mes mains qu'il n'y en n'aura jamais sur les tiennes. Et je ne pense pas que ton dieu va me décorer de l'ordre du mérite quand le moment sera venu de lui rendre des comptes. C'est une réalité future sur laquelle je n'ai guère d'illusion. Le pire étant... que je n'éprouve ni regrets, ni remords pour tout ce que j'ai accompli et perpétré. Pas une ombre ne vient obscurcir ma conscience. A tel point que je me demande parfois si j'en possède une.  Mieux... si c'était à refaire... je referai exactement la même chose. Sans états d'âme. Je n'ai jamais su être raisonnable pour Israël. Je laisse le "raisonnable" à tous les pleutres dirigeants occidentaux qui se contentent d'aboyer au loin mais qui sont incapables d'aller aussi loin que je suis allé pour donner à leur pays la dimension qu'elle mérite. Et là, lorsque je parle comme je te parle,Georgie, Dieu doit faire mauvaise figure puisqu'il est avec nous. Je ne m'attends à aucune compassion de sa part ni à aucun pardon. Et sans doute aura-t-il raison. Si j'étais Dieu... je ne pardonnerai rien à Ariel Sharon.

Il a secoué lentement la tête... une immense tristesse plombait son visage. Un peu comme s'il avait mal pour moi. Pour toute la souffrance que j'avais infligée par amour pour Israël. "Et alors ? a-t-il commencé en posant une main sur mon épaule...Je sais tout cela Ariel. Je sais qui tu es. Certains se sont chargés de me dresser ton portrait sans fioritures bien avant que tu ne le fasses. Simplement, je tiens à te dire qu'en 1938, les deux pressentis pour cette récompense étaient Gandhi et... Hitller... je ne pense pas que tu aies fait pire que le fameux Adolf, Ariel ? Moi, je te dis que si tu désengages Gaza, tu l'auras ce prix. J'en suis certain. La communauté internationale y verra un semblant de pas vers la paix..." Un semblant de pas vers la paix... pauvre Georgie... j'ai vu dans le mot "semblant" comme une sorte de tricherie. Une de plus. De toute façon, je n'étais plus à ça près... je pouvais effectivement faire semblant de désengager et trouver un prétexte pour reprendre ce qu'en fait je n'avais jamais eu l'intention de donner. Comme d'habitude. Et qui m'en empêcherait ? Dans l'immédiat, George W Bush poursuivait sa vision fantasque... il s'est mis à déambuler devant moi à m'en donner le tournis. Apparemment le Prix Nobel de la Paix était devenu son obsession. Une obsession qu'il voulait me faire partager. Imperturbable, il continuait... "Te rends tu compte, Ariel... toi, un pur sioniste... si tu désengages, tout le monde verra en toi un novateur. Tu auras osé ce que nul autre avant toi n'a osé. Le Nobel, il est là... à portée de ta main... je le sens... et voilà bien une chose qui sera marquée à jamais dans les livres d'histoire... pense à ça Ariel !" Je me suis gratté la tempe, signe de profonde réflexion...Georgie serait-il en train de devenir lucide, voire clairvoyant ?

Mon nom dans les livres d'Histoire associé au Prix Nobel... quel formidable pied de nez à toutes les instances planétaires qui m'éreintaient depuis des décennies ! Quelle gigantesque gifle à tous ceux qui me comparaient à Hitler ou me traitaient de criminel de guerre et autres noms tout aussi peu flatteurs ! Et là, j'ai imaginé la tête d'Arafat, par-delà les nuages,  contemplant le spectacle d'Ariel Sharon recevant cette honorable distinction afin de le récompenser pour une de ses rares bonnes actions qui n'en était pas une, en fait. Il m'a semblé le voir grimacer... alors, je me suis mis à lui parler dans mon esprit... "Qu'en penses-tu Yasser ? Après tout, tu l'as bien eu toi ce prix ? Et pourquoi pas moi ? Etais-tu aussi blanc que ça, toi Yasser ? T'es-tu gêné pour faire des coups tordus ? Souviens toi des Jeux Olympiques en 1972... 


Tableau de John PITRE

Je te l'accorde, mes méthodes étaient plus expéditives que les tiennes mais au bout du compte... j'ai toujours été le perdant puisque... c'est toi que l'on aimait et moi que l'on clouait au pilori. J'ai toujours été un incompris et toi un adulé. Je suis venu au monde pour défendre une cause dont personne n'a jamais saisi le sens véritable. J'ai voulu construire le pays de mes rêves qui dormait dans le Livre Sacré... lui donner toute sa dimension et toi, tu n'y avais aucune place Yasser, ni ton Peuple. C'est ainsi. Toi, tu es mort sans avoir vu ton rêve se  réaliser. Et il est fort probable que lorsque je mourrai... le mien ne sera pas réalisé non plus. Alors finalement, ce prix nous mettrait sur un pied d'égalité, toi et moi... ou du moins me donnerait-il l'illusion que tes lauriers sont aussi les miens..." J'en étais là de mes pérégrinations intérieures lorsque George W Bush est de nouveau venu se planter devant moi. La flamme avait redoublé d'intensité dans son regard. Une vraie fournaise. Il était tellement obnubilé par son idée fixe que cela prenait des tournures dignes des plus grands films hollywoodiens. Il s'est mis à marteler : "Ariel Sharon, prix Nobel de la paix !" en prenant à témoin une foule invisible. "Imagine les applaudissements, Ariel... tous les représentants du monde entier debout pour t'applaudir et t'acclamer ! Et moi à tes côtés avec Mahmoud Abbas. Ca ferait la même chose que Clinton, Rabbin et Arafat. Sauf que Rabbin et Arafat ne sont jamais allés aussi loin que tu es allé et qu'ils ne sont plus là pour voir ce que toi seul a été capable de faire... désengager Gaza !"  J'en restais pantois. Médusé. Me demandant si je rêvais tout éveillé ou si la réalité dépassait la fiction. "Ariel Sharon, prix Nobel de la Paix ! Mais regarde-les Ariel ! Ils sont tous là debout. Pour toi."  Imagine la scène, poète... un truc incroyable que moi-même pendant 77 balais j'aurais jamais pu imaginer. Un vrai délire.  Ah ce pauvre Georgie... il fallait le voir ! Dans tous ses états. Il s'y voyait déjà.  Il m'a fait penser à Reagan. Aussi mauvais comédien et encore plus piètre président, vu que lui tire encore moins les ficelles que Ronald, l'acteur raté... l'idée m'a effleuré qu'il tenait encore plus au prix que moi. Remarque que question crimes de guerre entre l'Afghanistan et l'Irak, il me bat largement quant au nombre de cadavres.

." Ce sera ta rédemption... le prix du sang versé. Mais au moins, auras-tu fait un semblant de pas pour la paix... et voilà bien quelque chose qui sera marqué à jamais dans les livres d'histoire. Ariel Sharon prix Nobel de la Paix en 2005. Seulement... le temps presse. Il nous en reste même très peu, en fait. Le vainqueur sera annoncé en octobre. Et nous sommes en Avril. La balle est dans ton camp."

Là, tu t'es arrêté de parler Ariel... tu secouais la tête comme en proie à une réflexion intérieure...

 

 "Eh oui... la balle était dans mon camp. Ou plutôt le boulet. Un énorme boulet. J'allais forcément me heurter à tous ceux qui depuis des années me soutenaient et me finançaient pour coloniser. Tous les lobbies, think-thank et autres machin-chose qui n'existent pas officiellement mais qui pèsent de tout leur poids sur les décisions. J'allais me heurter à Sharansky... à Netanyahou et toute la clique d'extrêmistes qui ne voulaient pas décoloniser Gaza. Le Prix Nobel de la Paix. George Walker Bush l'avait fait miroiter dans mon esprit. Lorsque la conférence de presse avec Georgie eut lieu une heure plus tard, j'ai donné le ton... au grand dam des sionistes juifs et évangéliques présents dans la salle qui m'ont hué  et conspué comme jamais je ne l'avais été jusqu'à ce jour à Washington. Cela augurait de la suite des évènements. Mais bon... ma décision était prise. J'avais passé un deal avec George Walker Bush, l'Elu de Dieu. Les lauréats du prix de la détestation avaient décidé de s'unir contre vents et marées et contre les forces obscures pour désengager Gaza et recevoir la fabuleuse récompense qui laverait du sang versé. Imagine un peu, poète... comme cela a été dur pour moi de me faire à cette idée.

Lorsque je suis rentré en Israël j'ai fait des recherches sur ce "glorieux" prix Nobel de la Paix. Je dois avouer que je ne connaissais rien sur la question. Ou pas grand-chose. Georgie ne  m'avait pas menti. En 1938, effectivement, Gandhi avait été pressenti avec Hitler. Ce dernier avait été auparavant élu "homme de l'année par le Time". C'est dire l'extrême perspicacité de ce magazine. Pourtant, dès 1933, le futur führer avait passé un décret-loi « pour la défense du peuple et de l’État » suspendant les libertés fondamentales; en 1934, il organisa la « nuit des longs couteaux » ; en 1935, il a commencé à réarmer le pays et institué les « lois de Nuremberg »; puis en 1938, il annexa l’Autriche à l’Allemagne et organisa la « nuit de Cristal ». Qui dit mieux ? Est-ce que ceux qui décernaient la récompense ignoraient ce fait ? Je ne pense pas. Ce n'est pas lui qui la reçut mais quand même... il s'en fallut d'un poil. En 1973, ce fut Kissinger qui eut ce privilège malgré le bourbier du Viet-Nam. Et c'est là que les choses deviennent caucasses... en 1978, Menachem Begin, et le président égyptien Sadate sont les heureux vainqueurs en récompense du traité de paix entre nos deux pays qui s’avérera être un échec complet. Donc là, un coup pour rien. En 1994, Israël est encore à l'honneur avec en même temps que Yitzhak Rabin et Shimon Peres, Yasser Arafat. Mais comme tu me l'as si justement rappelé, poète... Rabin ne verra pas se concrétiser ce pourquoi il avait lui aussi, quelque part, tout sacrifié. J'entends par là, ces intérêts qui nous gouvernent et qui font de nous ce que nous sommes. Il y a un proverbe bien français chez vous qui dit "Jamais deux sans trois." Pour Israël il y eut 1978... 1993... et le troisième en 2005... ce sera moi. Pas tout seul certes... on sera trois mais...  j'y serai. Je serai celui qui... défiant toutes les lois, toutes les menaces... toutes les trahisons... celui qui a fait ce que personne d'autre avant moi n'a osé faire. Je vais donner à mon Israël le prix qu'elle mérite et par là-même... redorer aussi mon blason, comme dit Georgie.  Il est écrit quelque part sur un site qui parle du Prix Nobel de la Paix... "Si Ariel Sharon, par exemple, parvenait à résoudre le conflit israélo-palestinien, deux problèmes se poseraient : une action louable rachète-t-elle une vie jonchée de crimes? Et accepterait-il de signer un traité de paix qui aille à l’encontre des intérêts de son peuple (donc a-t-il agi pour la paix ou pour l’intérêt des siens)? Un chef de gouvernement est tout d’abord le garant de son propre peuple. Il ne peut évoluer dans la sphère de l’idéaliste qui, par sa distanciation des pressions sociales, politiques et économiques, a plus de chance de demeurer dans la transparence et la bonne foi. Qui mérite d’être revêtu, glorieux, du drapeau blanc de la paix ? Un assassin qui se rachète en se dédiant à une cause pacifiste avec courage? Un homme politique, qui par la force se débarrasse d’un tyran sanguinaire, mais en passant outre toute la législation élaborée depuis un demi siècle pour faire du monde un ensemble plus « civilisé »? Une « sainte » comme Mère Teresa, qui néanmoins recevait une grande part de ses fonds de la caisse de Duvalier, ex-dictateur haïtien? Vaste débat…"

Tu as fait quelques pas, mains jointes derrière ton dos puis tu es venu te planter devant moi, Ariel...

-Une action louable rachète-t-elle une vie jonchée de crimes ? as-tu répété... Qu'en penses-tu, poète ? Est-ce que le désengagement de Gaza fera oublier le parcours jonché de cadavres de Arik Schönerman ? Est-ce que cela fera oublier Qybia ? Sabra et Shatila ? Sabra et Shatila... jusqu'où j'aurais été pour l'Amour d'Israël... et pour clouer Arafat. Qui peut comprendre cela ?

 Tu attendais que je réponde quelque chose Ariel, alors j'ai dit :

-Notre monde est plein de gens comme vous. Parce que vous possédez le pouvoir, vous vous permettez tout. Et votre impunité vous protège des vicissitudes du citoyen ordinaire. Nous vivons dans un monde pourri.

-Mais je suis Ariel Sharon ! m'as-tu rétorqué... Lorsque tu es entrée dans cette pièce, poète... je savais exactement ce que tu allais me dire. Tu allais me déballer toutes ces vérités que je connais depuis longtemps. M'accuser de Dieu sait quoi. De mille forfaits et de mille crimes. Déverser sur moi ta haine et ta vindicte. Vomir des réalités sanglantes dont je fus l'exécuteur... L'heure du jugement approche pour moi et je le sais... là en quelques mots, je t'ai résumé l'essentiel. Depuis que je suis né et que mes yeux se sont ouverts sur cette terre... j'ai eu comme un éblouissement. Elle m'a happé. M'a emporté dans ses tourbillons... dans ses tourmentes... dans ses joies et dans ses déchirures. Ma femme Lily serait vivante, elle te dirait que j'ai moins passé de temps avec elle qu'avec Israël mais pour me garder, il fallait qu'elle comprenne qu'il y avait un autre Grand Amour dans ma vie. Et que celui-là ne demandait aucun partage. Alors oui... bien sûr, oui... il m'a fallu faire des choses épouvantables. Mais je ne pouvais pas ne pas les faire. Je suis d'une nature excessive. J'aime l'odeur du soufre et du sang. Le bruit des armes et la fureur des batailles. J'ai dépassé le stade de l'humanité. Le malheur des autres n'a jamais été mon problème. Quelque part, c'est un peu comme si j'étais amputé du coeur. Seule comptait Israël. Et finalement ce que pense le monde m'importe peu. Comme je te le disais... désormais mon temps est compté. Alors, je désengage d'un côté pour mieux coloniser de l'autre... oui ! Ariel Sharon reste égal à lui-même. Il dit une chose, il pense le contraire. Et il agit en fonction de ses pensées, non de sa bouche. Et tous les chefs d'Etats du monde entier savent cela. Eux non plus ne sont pas poètes. Ils vont dans le sens de la Terre Promise mais pas dans celui de la Palestine. Quelque part, ils sont tous sionistes. Consciemment ou inconsciemment. Et toi, Poète, comme tous les autres... il te faudra vivre avec ça.
Déjà le mur recommençait à se fissurer de plus belle...
-Je crois Ariel Sharon que vous n'aurez pas le prix Nobel de la Paix... et que la Terre Promise appartiendra un jour au monde entier... parce que... ce sont les poètes qui auront le dernier mot...
Alors tu es parti d'un grand éclat de rire, Ariel... tandis qu'un souffle puissant m'enlevait dans les airs... ta voix comme un écho me parvint...
-Ce jour-là alors je ne m'appellerai plus Ariel Sharon...  

 

FIN
 

 

 

Quelques portraits d'Ariel Sharon

Sharon l'obstiné

L'homme qui changeait l'Histoire

Souvenir d'un paysan du Neguev

La métamorphose inachevée

 Le centurion fatigué